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Wilbur Smith : Rage – Chapitre XVII

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Ils la quittèrent donc, animés d’une joie délirante, pour se ruer dans les rues étroites à l’odeur fétide du vieux quartier. Là, ils étaient entièrement à leur aise. À leur passage, voisins et voisines souriaient, leur lançant des saluts et des plaisanteries. Ils riaient de leurs réparties, puisque c’étaient leurs chouchous et que leur père s’appelait Hendrick Tabaka.

Mama Nginga, une vieille dame grasse aux cheveux poivre et sel, assise sur le pas de la porte du tripot qu’elle tenait pour Hendrick, les apostropha d’une voix forte : « Où qu’vous allez comme ça, mes p’tits gars ? »

« En mission secrète, on ne doit pas en parler », s’exclama Wellington. Son frère ajouta : « Mais l’année prochaine, nos missions secrètes se feront chez toi, la vieille. On va boire toute ta skokiaan et tirer toutes tes filles ».

Mama Nginga dodelinait de la tête, ravie, tandis que les filles à la fenêtre riaient à tue-tête. « Vraiment, c’est le petit du lion, celui-là », se disaient-elles.

Tout en courant dans les ruelles, ils appelaient leurs camarades, qui, sortant des taudis et des bicoques du vieux quartier et des nouvelles maisons en brique construites par le gouvernement blanc, les rejoignaient peu à peu, jusqu’à former une troupe d’une cinquantaine de garçons du même âge. Certains portaient de longs paquets soigneusement enveloppés et ficelés de lanières de cuir.

À une extrémité du township, un trou dans la haute palissade avait été caché par un motte de broussailles. Les garçons s’engouffrèrent dans le trou et, une fois arrivés dans la plantation de gommiers voisine, s’assemblèrent en une grappe d’excités jacassants avant de retirer intégralement leurs habits européens miteux. Ils n’étaient pas encore circoncis, leurs pénis qui commençaient à se développer étaient encore surmontés de petits calots de peau ridée. Dans quelques années, ils subiraient tous l’initiation. Ils y endureraient ensemble les tourments de l’isolement et de la vie à la dure, et le supplice de la lame. C’était cela, plus encore que leur liens de sang tribaux, qui les unirait ; ils seraient, leur vie entière, camarades de couteau de circoncision.

Ils mirent soigneusement leurs habits de côté – toute perte aurait mis fort en colère leurs parents – et, entièrement nus, ils se rassemblèrent, impatients, autour des précieux paquets emmaillotés que leurs capitaines Wellington et Raleigh Tabaka étaient en train d’ouvrir. Chacun reçut son uniforme de guerrier xhosa, qui n’était pas le véritable attirail, comprenant queues de vache, crécelles et coiffes, lequel était réservé aux seuls amadoda circoncis, mais leur reproduction pour enfants, fait de peaux de chiens et de chats sauvages, les parias du township. Ils prirent leur uniforme aussi fièrement que s’il eût été le vrai et enroulèrent ces bandes de fourrure autour de leurs avant-bras, de leur cuisses et de leurs fronts, puis ils saisirent leurs armes.

Là encore, il ne s’agissait pas des sagaies à longue lame des vrais guerriers, mais de simples bâtons de combat traditionnels. Cependant, même dans les mains de ces enfants, ces longs bâtons de bois étaient des armes formidables. Un gourdin dans chaque main, ils se transformèrent en démons hurleurs. Ils les brandirent et les firent tournoyer avec un mouvement spécial du poignet qui les faisait siffler et chanter dans l’air, puis se frappèrent, tâchant de parer les coups en rejoignant leurs deux bâtons en croix, contre laquelle claquaient les coups adverses. Et à nouveau ils bondissaient, gambadaient et dansaient tout en se portant des coups, jusqu’au moment où Raleigh Tabaka souffla un coup sec et flûté dans sa corne d’antilope ; ils se rangèrent derrière lui en une colonne compacte et disciplinée.

Il mena sa troupe en campagne. Au rythme d’un petit trot chaloupé, portant hauts leurs gourdins et fredonnant les chants de bataille de leur tribu, ils quittèrent la plantation et s’aventurèrent dans la savane vallonnée, dont la terre rouge et brune affleurait entre les touffes d’herbes roussies qui leur montaient à hauteur de genou. Le terrain allait en pente douce jusqu’au maigre ruisseau au lit caillouteux coulant entre des rives escarpées, puis remontait de nouveau, jusqu’à atteindre le pâle saphir du ciel de la grande savane.

À peine commençaient-ils à descendre la pente, qu’ils virent soudain la ligne pure de la crête qui leur faisait face être interrompue par une longue suite de de coiffes qui s’agitaient, puis surgit un groupe de garçons revêtus comme eux de pagnes en peaux d’animaux, mais les bras, les jambes et le torse nus. Ces derniers brandirent leurs gourdins de combat, puis firent halte sur la crête en voyant ceux d’en face. Les deux groupes s’invectivèrent à la façon de chiens de chasse.

« Chacals zoulous », hurla Raleigh Tabaka. Sa haine était si forte qu’un éclat de sueur apparut au dessus de ses sourcils. Aussi loin que remontait sa mémoire tribale, ils avaient toujours été ennemis. Cette haine, profonde et atavique, lui coulait dans le sang. L’histoire n’a pas consigné la fréquence de ces scènes, ni combien de milliers de fois des groupes de guerriers xhosas et zoulous s’étaient affrontés. Tout ce qu’on retenait, c’était la violence des combats, le sang et la haine.

Raleigh Tabaka fit un bond amenant ses genoux à la hauteur des épaules de son frère et poussa un cri sauvage, sa voix trompeuse finissant par se casser et couiner dans les aigus.

« J’ai soif. Donnez-moi à boire du sang de zoulou ! » Ses guerriers redoublèrent de sauts et de hurlements.

« Du sang de zoulou ! »

De la crête opposée, le vent leur apporta menaces et insultes en retour. Puis spontanément, les deux groupes de guerriers se mirent en marche, dansant et se pavanant, vers le fond du vallon où ils se trouvèrent face à face, de chaque côté de l’escarpement ocre, séparés par l’étroit lit de la rivière presqu’à sec. Leurs capitaines respectifs s’avancèrent pour échanger d’autres insultes.

L’induna des Zoulous devait avoir le même âge que les jumeaux ; il était dans leur classe au collège du township. Il s’appelait Joseph Dinizulu ; il était aussi grand que Wellington et aussi trapu que Raleigh. Son nom et son arrogance de coq le signalaient comme un prince de la maison royale des Zoulous.

« Hé vous, mangeurs de crottes de hyène », leur lança-t-il. « On vous a senti à un kilomètre contre le vent. L’odeur des Xhosas fait même vomir les vautours ».

Raleigh fit un nouveau bond, se retourna dans les airs et souleva son pagne pour lui montrer son derrière. « Je purifie la puanteur zouloue avec un bon gros pet », s’écria-t-il. « Tiens, renifle ça, enculeur de chacal » et il fit avec sa bouche un bruit de pet si fort et si long que que les Zoulous sifflèrent entre leurs dents, le meurtre dans l’âme, et firent s’entrechoquer leurs gourdins de combat.

« Vos pères sont des femmes et vos mères des singes », s’écria Joseph Dinizulu en se grattant les aisselles. « Et vos grand-pères, des babouins », ajouta-t-il en faisant des sauts simiesques. « Et vos grand-mères… » Raleigh interrompit cette généalogie en sifflant dans sa corne et bondit dans le lit asséché de la rivière. Il atterrit sur ses pieds, léger comme un chat, et un bond fut de l’autre côté. Il escalada la berge si vite que Joseph Denizulu, qui s’attendait à faire durer les politesses, recula devant son assaut.

Une douzaine d’autres Xhosas avaient répondu à son coup de sifflet et l’avaient suivi. L’attaque furieuse de Raleigh était parvenue à établir une tête de pont sur la rive opposée. Ils se regroupèrent derrière lui, armés de leurs bâtons, sifflant et chantant, puis percèrent l’armée ennemie en son centre. Transi d’alacrité guerrière, Raleigh était invincible. Ses mains et ses poignets étaient si adroits que ses deux bâtons, semblant animés d’une vie propre, trouvaient les points faibles dans la garde de ses adversaires, frappaient les chairs, s’abattaient sur les os et coupait les épidermes, tant et si bien que ses bâtons brillaient, mouillés de sang, de petites gouttes en tombant dans la lumière du soir.

Il semblait que rien ne pût l’atteindre, quand soudain quelque chose s’écrasa sur ses côtes, sous son bras droit dressé. Il haleta de douleur, se ressouvenant qu’il était humain. Pendant une minute, il avait été un dieu de la guerre, mais à cet instant il n’était qu’un petit garçon, presque à bout de force, qui avait très mal et qui était si épuisé qu’il ne pouvait plus insulter Joseph Dinizulu, lequel, dansant devant lui, paraissait avoir grandi de vingt centimètres en quelques secondes. Son bâton de combat siffla de nouveau, visant la tête de Raleigh qui put parer le coup avec l’énergie du désespoir, avant de reculer d’un pas et de regarder autour de lui.

Il aurait dû y réfléchir à deux fois avant de s’attaquer si effrontément à un Zoulou. C’étaient les adversaires les plus chafouins et retors qui se pussent imaginer et le stratagème de l’encerclement avait toujours été leur point fort. Chaka Zoulou, le chien fou qui avait fondé cette tribu de loups, appelait cette manœuvre « Cornes de Buffle » : les deux cornes encerclaient l’ennemi tandis que le front l’écrasait.

Joseph Dinizulu n’avait pas reculé de peur ou de surprise ; c’était là sa ruse instinctive et Raleigh avait laissé sa douzaine de fidèles tomber dans le piège zoulou. Ils étaient seuls, personne d’autre ne les avait suivis sur l’autre rive. Au dessus des têtes des Zoulous, il voyait les siens sur la berge opposée et Wellington Tabaka, son frère jumeau, debout à leur tête, immobile et silencieux.

« Wellington ! » s’écria-t-il, sa voix se brisant d’épuisement et de terreur. « Viens nous aider ! On tient le chien zoulou par les testicules. Traverse et viens lui taper dessus ! »

Il n’eut pas le temps d’en dire plus. Joseph Dinizulu revenait à la charge et chaque coup qu’il lui assénait était plus violent que le précédent ; sa poitrine était à l’agonie. Un autre coup transperça sa garde, frappa son épaule et lui paralysa le bras droit jusqu’aux bouts des doigts. Son bâton lui tomba des mains.

« Wellington ! » hurla-t-il encore. « À l’aide ! »

Autour de lui, ses hommes s’effondraient. Certains étaient à genoux en train de se faire rosser, d’autres laissaient tomber leurs bâtons et se couchaient dans la poussière en implorant pitié, tandis que leurs adversaires les battaient comme plâtre, à coups de bâtons redoublés sur leurs chairs meurtries. Les Zoulous poussaient en chœur leurs cris de guerre et de triomphe, à l’image des chiens de chasse qui ramènent les lièvres.

« Wellington ! » Il eut une dernière vision de son frère, sur l’autre rive, avant d’être frappé au front juste au dessus des yeux. Il sentit sa peau se déchirer et le sang chaud couler sur son visage. Juste avant d’être aveuglé, il vit une dernière fois le visage de Joseph Dinizulu, fou de colère et ivre de sang, puis ses jambes se dérobèrent sous lui et il tomba face contre terre pendant que les coups continuaient de pleuvoir sur son dos et ses épaules.

Il avait dû perdre conscience quelque temps, car lorsqu’il se tourna sur le côté et essuya du revers de la main le sang qui l’aveuglait, il vit que les Zoulous avaient franchi le lit de la rivière en phalange et que les restes de son armée, pris de panique, s’éparpillaient dans la plantation de gommiers, les hommes de Dinizulu sur leurs talons.

Il tenta de se remettre d’aplomb, mais il fut pris de vertige et s’évanouit derechef. Quand il revint à lui, il était entouré de Zoulous railleurs qui le couvraient d’insultes. Cette fois-ci, il parvint à se relever, mais soudains le tumulte s’apaisa autour de lui, laissant la place à un silence attentif. Il leva les yeux et vit Joseph Dinizulu qui, s’étant frayé un passage entre les rangs de ses guerriers, le regardait en souriant.

« Aboie, chien xhosa », commanda-t-il. « Qu’on t’entende aboyer et gémir pour demander grâce. »

Sonné, mais intraitable, Raleigh secoua la tête ; ce faisant, une onde de douleur lui parcourut le crâne.

Alors Joseph Dinizulu posa son pied nu sur sa poitrine et le poussa fortement. Incapable de résister, Raleigh tomba sur le dos. Debout au dessus de lui, son adversaire releva le devant de son pagne. De son autre main il tira sur son prépuce, exposant son gland rose, puis il envoya un jet d’urine en plein sur le visage de Raleigh.

« Bois ça, chien xhosa », fit-il en riant. C’était chaud, ammoniaqué et ça brûlait comme de l’acide les blessures à vif de son crâne. La rage, l’humiliation et la haine emplissaient toute son âme.

* * *

« Mon frère, il est bien rare que je tente de te dissuader d’une chose que tu as déjà décidée », dit Hendrick Tabaka, assis sur son fauteuil recouvert d’une peau de léopard, se penchant avec une préoccupation sincère vers Moses, les coudes sur les genoux. « Ce n’est pas le mariage en lui-même, tu sais que je t’ai toujours pressé de prendre femme, plusieurs femmes même, et d’avoir des garçons. Ce n’est pas l’idée d’une épouse que je désapprouve, c’est ce bagage zoulou que tu veux te traîner. Je n’en dors pas la nuit. Il y a des dizaines de millions de jeunes femmes nubiles dans ce pays… pourquoi aller chercher une Zoulou ? J’aimerais autant que tu mettes un mamba noir dans ton lit ».

Moses Gama fit entendre un petit rire. « Ton inquiétude prouve bien ton amitié ». Puis il prit un ton sérieux. « Les Zoulous sont la tribu la plus nombreuse d’Afrique du Sud. Rien qu’à cause de leur nombre, ils sont importants, mais ajoutes-y leur agressivité et leur esprit guerrier, et tu comprendras que rien ne pourra changer dans ce pays sans les Zoulous. Si je réussis à faire une alliance avec cette tribu, alors tous les rêves que j’ai fait n’auront pas été vains. » Hendrick soupira, grommela et secoua la tête.

« Dis-moi, Hendrick. Tu leur as parlé, n’est-ce pas ? » Moses insistant, Hendrick opina du chef malgré ses réticences.

« Je suis resté quatre jours au kraal de Sangane Dinizulu, fils de Dingaan, qui était le frère de Chaka Zoulou en personne. Il se dit prince des Zoulous. Il n’aime pas qu’on lui fasse remarquer que Zoulou veut dire « les cieux ». Il mène grand train sur la terre que le général Sean Courtney, son ancien maître, lui avait laissé dans les collines au dessus de Ladyburg. Il possède beaucoup d’épouses et trois cents têtes de vaches grasses ».

« Je sais tout cela, mon frère », coupa Moses. « Parle-moi de la fille ».

Hendrick se renfrogna. Il aimait commencer une histoire par le commencement et dérouler toutes les étapes, sans laisser de côté un seul détail, avant d’arriver à destination.

« La fille », répéra-t-il. « Cette vieille carne de Zoulou pleurniche qu’elle est la lune de ses nuits et le soleil de ses jours, qu’il n’aime aucune de ses filles autant qu’elle et qu’elle ne peut être mariée qu’à un chef zoulou. » Hendrick poussa un soupir. « Jour après jour, il me serinait les vertus de sa chacalette, combien elle était belle, combien elle était douée, et qu’elle travaillait comme infirmière dans un grand hôpital, et qu’elle descendait d’une longue lignée de femmes qui ont beaucoup d’enfants mâles… » Hendrick, n’en pouvant plus, cracha par terre de dégoût. « J’ai mis trois jours avant de lui faire accoucher ce qu’il avait en tête dès la première minute – le lobola, le prix de la mariée ». Hendrick leva ses deux mains en signe d’exaspération. « Tous les Zoulous sont des voleurs et des mange-merde ».

« Combien ? » demanda Moses, esquissant un sourire. « Combien pour compenser un mariage en dehors de la tribu ? »

« Cinq cents têtes de bétail de premier choix, que des vaches gestantes, aucune de plus de trois ans ». Hendrick bouillait d’indignation. « Tous les Zoulous sont des voleurs et il se prend pour un prince, ce qui fait de lui le prince des voleurs ».

« Alors évidemment, tu as accepté sa première proposition ? » lui demanda Moses.

« Alors évidemment, j’ai demandé deux jours de plus. »

« Le prix final ? »

« Deux cents têtes de bétail », répondit Hendrick en soupirant. « Pardonne-moi, mon frère. J’ai tout tenté, mais ce vieux chien de Zoulou était dur comme le roc. C’était son prix le plus bas pour la lune de ses nuits. »

Moses Gama s’enfonça dans son fauteuil, et réfléchit. C’était une somme énorme. Le bétail de premier choix valait cinquante livres par tête. Cependant, à la différence de son frère, l’argent n’était pour Moses qu’un moyen et non une fin.

« Dix mille livres ? » demanda-il d’une voix douce. « Les avons-nous ? »

« Ça va faire mal. Je vais souffrir pendant un an comme si j’avais été chicotté », marmonna Hendrick. « Tu te rends compte le nombre de choses qu’on peut s’acheter avec dix mille livres ? Je pourrais te fournir au moins dix vierges xhosa, jolies comme des sucriers du Cap et dodues comme des pintades, avec une virginité attestée par une sage-femme digne de ce nom. »

Moses le coupa. « Dix vierges xhosas ne me rapprocheraient pas d’un poil du peuple zoulou. J’ai besoin de Victoria Dinizulu. »

« Le lobola n’est pas le seul prix réclamé », fit Hendrick.

« Autre chose ? »

« La fille est chrétienne. Si tu la prends, il n’y en aura pas d’autres, mon frère. Crois-en un homme qui a payé sa sagesse au prix fort de l’expérience. Trois femmes sont un minimum pour assurer le bonheur d’un homme. À trois, elles sont tellement occupées à se disputer la première place dans les faveurs de leur époux, qu’il peut vivre tranquille. Deux femmes valent toujours mieux qu’une. Mais une femme, une seule et unique femme, peut faire tourner au vinaigre le repas dans ton ventre et tu te feras vite des cheveux blancs. Laisse-moi cette gueuse zouloue aller à quelqu’un qui lui convienne, un autre Zoulou. »

« Tu diras à son père que nous paierons le prix demandé et que nous sommes d’accord avec ses conditions. Dis lui aussi que puisqu’il est un prince, nous attendons de lui une cérémonie de mariage digne d’une princesse. Un mariage dont tout le Zoulouland parlera depuis les montagnes du Drakensberg jusqu’à l’océan. Je veux que tous les chefs et anciens de sa tribu me voient marié. Je veux que tous les conseillers et les indunas, je veux même que le roi des Zoulous en personne soit là, et je veux parler à toute l’assemblée. »

« Autant parler à une troupe de babouins. Un Zoulou est trop fier et trop haineux pour entendre la voix de la raison ».

« Tu te trompes, Hendrick Tabaka ». Moses posa sa main sur le bras de son frère. « C’est nous qui ne sommes pas assez fiers et ne haïssons pas assez fort. Le peu de haine que nous avons se disperse et tombe sur les mauvaises cibles. Nous la gâchons en la portant contre d’autres noirs. Si toutes les tribus de ce pays rassemblaient leur fierté et leur haine, pour les retourner contre l’oppresseur blanc, comment pourrait-il nous résister ? C’est de cela que je leur parlerai à la cérémonie. C’est ce que je dois enseigner aux gens. C’est pour cela que nous forgeons Umkhonto we Sizwe, la Lance de la Nation. »

One Reply to “Wilbur Smith : Rage – Chapitre XVII

  1. Bravo, Basile, pour cette extraordinaire traduction qui donne l’impression que ce texte a été écrit en français.
    Wilbur Smith a manifestement très longtemps et profondément étudié l’âme nègre. Mieux que beaucoup d’ethnologues.
    Il nous apprend avec la plus grande clarté ( bien que le sujet soit plutôt sombre 😁 ) comment ils fonctionnent, leurs superstitions, leurs rites, leur système hiérarchique et social.
    Ce roman est bien plus qu’un roman.
    C’est un véritable traité d’histoire et d’anthropologie qui permet de mieux connaître nos ennemis et aussi de cerner nos propres forces et faiblesses.
    Les Afrikaners et les Anglais ne diffèrent guère des autres Aryens et savoir comment ils ont réussi à conserver, hélas trop peu de temps, le contrôle de la situation, alors qu’ils étaient cernés par une multitude de nègres, ne peut qu’être des plus instructif et fort utile… pour autant que nous ne reproduisions pas les erreurs qui, plus tard, les ont menés à leur perte.

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