Articles de fond Question Juive

Culture de la Critique : L’École de Francfort et la pathologisation des loyautés non-juives (1)

La vision politique de l’Institut de Recherche Sociale de Francfort

La haine et la volonté de sacrifice (…) s’alimentent à l’image des ancêtres asservis, non point à l’idéal des petits-enfants libérés.

Walter Benjamin, Thèses sur le concept d’histoire, XII

Écrire un poème après Auschwitz est barbare.

T. W. Adorno, Prismes

Aux chapitres II et IV, nous avons déroulé le fil de plusieurs théories échafaudées par des savants juifs, lesquels semblent avoir été influencés par des intérêts politiques spécifiquement juifs. Nous poursuivrons cet examen au présent chapitre en nous penchant sur La Personnalité autoritaire. Cet ouvrage classique de psychologie sociale fut parrainé par le Département de Recherche Sociale de l’American Jewish Committee (désormais AJCommittee) dans le cadre d’une série intitulée Studies in Prejudice. Cette série d’ouvrages était étroitement liée à la dite École de Francfort, constituée essentiellement d’intellectuels juifs associés à l’Institut de Recherche Sociale, apparu en Allemagne sous la république de Weimar. Les membres de la première génération de cette école étaient tous des Juifs ethniques et l’Institut lui-même fut fondé par un millionnaire juif du nom de Felix Weil. L’ambition qu’avait Weill de « parrainer la gauche » fut couronnée d’un succès extraordinaire : au début des années 1930, l’université de Francfort était devenue un bastion de la gauche universitaire, « où se concentraient toutes les idées qui comptaient dans le domaine de la théorie sociale » (Wiggershaus, The Frankfurt School : Its History, Theories and Political Significance, p. 121). À cette époque, on parlait communément de la sociologie comme d’une « science juive » et les Nazis considéraient Francfort comme « la nouvelle Jérusalem sur le Jourdain de Franconie » (ibidem p. 112-113).

Les Nazis considéraient l’Institut de Recherche Sociale comme une organisation communiste. Six semaines après l’accession de M. Hitler au pouvoir, l’Institut fut fermé au motif qu’il « encourageait des activités hostiles à l’État ». Même après son émigration aux États-Unis, l’Institut continuait d’être globalement perçu comme une vitrine communiste à cause de ses partis pris marxistes, et parce qu’il tâchait toujours de ne pas trahir la gauche « tout en contestant les soupçons en ce sens » (ibid. p. 251).

Gershom Sholem, théologien et historien de la religion israélien, disait que l’École de Francfort était une « secte juive », jugement soutenu par de nombreux éléments qui montrent une très forte identification juive chez quantité de ses membres. La série Studies in Prejudice était placée sous la responsabilité de Max Horkheimer, un des directeurs de l’Institut. Horkheimer était un « patron universitaire » très charismatique qui rappelait constamment à ses associés qu’ils formaient une élite choisie, tenant entre ses mains le développement de la ‘Théorie’ » (ibid. p. 2). Horkheimer se reconnaissait tout à fait comme juif, comme ses derniers écrits le manifestent de plus en plus clairement. Mais son adhésion au judaïsme, marqué par la présence de thèmes religieux spécifiquement juifs, se reconnaît déjà dans ses écrits d’adolescent et de jeune adulte. Au crépuscule de sa vie, Horkheimer accepta entièrement son identité juive et réalisa une grande synthèse entre le judaïsme et la Théorie critique (tel est le nom donné au corpus doctrinal de l’École de Francfort). Preuve de la profondeur de l’attachement de cet auteur au judaïsme, il écrivit en 1947 que le but de la philosophie était de justifier et de venger l’histoire juive :

Les martyrs anonymes des camps de concentration sont les symboles de l’humanité qui s’efforce de naître. La tâche de la philosophie est de traduire ce qu’ils ont fait en un langage qui pourra être entendu, même si leurs voix mortelles ont été réduites au silence par la tyrannie. (The Eclipse of Reason, p. 161)

Tar expliquait que l’inspiration de Horkheimer découlait de sa volonté de laisser de côté le judaïsme tout en conservant son attachement à la foi de ses pères. Il ne faut pas s’étonner de la distance qui le sépare de la culture allemande :

À peine arrivé de ma patrie de Palestine, j’acquis avec une célérité étonnante les rudiments de la langue allemande écrite, mais cet essai fut rien moins que facile à écrire. Mon style ne porte pas la marque de la facilité et du génie. J’ai tâché de communiquer en m’aidant de ce que j’avais lu et entendu, réunissant inconsciemment des fragments d’une langue issue d’une mentalité étrange. Comment un étranger pourrait-il faire autrement ? Mais ma détermination eut le dernier mot, parce que le message mérite d’être transmis, quelles que soient ses faiblesses stylistiques. (Horkheimer in Tar : The Frankfurt School : The Critical Theories of max Horkheimer and Theodor Adorno, p. 60)

T. W. Adorno, auteur principal des études sur la personnalité autoritaire que nous allons examiner ci-après, était lui aussi aussi directeur de l’Institut. Il avait avec Horkheimer des rapports professionnels si étroits que ce dernier écrivit qu’il était « difficile de discerner les idées qui avaient germé dans son esprit et celles qui venaient du mien ; notre philosophie est une » (ibidem, p. vii). A partir de 1940, les thèmes juifs prirent de plus en plus d’importance dans les écrits d’Adorno, en réaction à l’antisémitisme nazi. De fait, une bonne partie de sa production ultérieure peut être considérée comme une réaction à l’Holocauste, comme l’indique sa fameuse remarque : « écrire un poème après Auschwitz est barbare » et sa question de savoir « si après Auschwitz on peut encore vivre, s’il en a tout à fait le droit celui qui par hasard y échappa et qui normalement aurait dû être assassiné. » (Negative Dialectics, p. 363)

Tar fait remarquer que cette dernière remarque voulait dire qu’ « aucune espèce de sociologie n’était possible sans une réflexion sur Auschwitz et sans le souci de rendre impossibles de nouveaux Auschwitz ». Autrement dit, « l’expérience d’Auschwitz devenait une catégorie historique et sociologique absolue » (op. cit., p. 165). À l’évidence, la conscience juive et l’attachement au judaïsme étaient particulièrement vifs chez les responsables en chef de cette série d’études.

Au premier chapitre du présent ouvrage, nous avons montré que depuis l’époque des Lumières, beaucoup d’intellectuels juifs avaient entrepris de critiquer radicalement la culture des Gentils. Horkheimer pour sa part percevait avec beaucoup d’acuité le lien étroit qu’il y avait entre assimilation juive et critique de la gentilité, affirmant notamment que « l’assimilation et la critique ne sont que les deux moments d’un même processus d’émancipation » (Critique of Instrumental Reason, p. 108). Un des thèmes constants de la Théorie critique d’Horkheimer et Adorno était l’idée de la transformation de la société conformément à des principes moraux. Depuis les débuts, ils rejetèrent l’exclusion des jugements de valeur en sciences humaines (« le fétichisme des faits ») pour faire place à la perspective morale selon laquelle les sociétés existantes, qu’elles soient capitalistes, fascistes ou même staliniennes, devaient être transformées en utopies où régnerait le pluralisme culturel.

De fait, longtemps avant la parution des Studies in Prejudice, la Théorie critique avait développé l’idée que les sciences sociales positivistes (autrement dit, orientées vers l’étude des faits) avaient partie liée à la domination et à l’oppression. Horkheimer écrivit en 1937 que « si la science suit en bloc la direction de l’empirisme et si l’intellect renonce à sa tâche opiniâtre et confiante qui est d’examiner le buissonnement des observations, pour en savoir davantage sur le monde que ce qu’en dit la presse quotidienne bien-pensante, alors elle participera passivement au maintien de l’injustice universelle » (in Wiggershaus, op. cit. p. 184).

Le caractère non-scientifique d’une telle entreprise apparaît également dans la façon dont on traitait le désaccord au sein de l’Institut. Adorno écrivit ce qui suit, au sujet de l’œuvre de Walter Benjamin : « J’en suis venu à la conviction qu’il n’y avait rien dans ses ouvrages qui ne pût être défendu du point de vue du matérialisme dialectique » (ibidem p. 161 ; souligné dans le texte). Quant à Erich Fromm, il fut expulsé du mouvement dans les années 1930 à cause de son humanisme gauchiste (lequel condamnait l’autoritarisme du rapport entre le psychanalyste et son patient), jugé incompatible avec l’autoritarisme gauchiste qui faisait partie intégrante de la ligne défendue à l’époque par Adorno et Horkheimer : « [Fromm] prend ses aises avec la notion d’autorité, sans laquelle, après tout, ni avant-garde léniniste ni dictature ne seraient concevables. Je l’exhorte à lire Lénine (…) Je dois vous dire que je perçois dans cet article une véritable menace à la ligne défendue par le journal » (Adorno, in Wiggershaus, op. cit. p. 266).

Fromm fut donc exclu de l’Institut bien qu’il comptât parmi les plus radicaux de la gauche issue du camp psychanalytique. Pendant toute sa carrière, Fromm incarna la gauche psychanalytique dont la thèse est que la société bourgeoise-capitaliste et le fascisme découlent de distorsions atroces imprimées à la nature humaine (et qu’ils entretiennent en retour). De même, Herbert Marcuse fut exclu lorsque ses opinions marxistes orthodoxes ne correspondaient plus aux nouvelles options idéologiques d’Adorno et d’Horkheimer.

Ces tendances à l’exclusivisme sont devenues manifestes lors des tentatives avortées de restauration du journal de l’Institut dans les années 1950. Il fut décidé qu’il y avait trop peu de contributeurs en accord avec la ligne Adorno-Horkheimer pour soutenir l’effort journalistique, ce qui mit fin au projet. Pendant toute la durée de l’existence de l’Institut, la qualité de membre impliquait qu’il fallait accepter de soumettre ses travaux à de lourdes révisions et même à leur censure, afin d’assurer leur conformité à une position idéologique nettement définie.

Comme sa nature de mouvement politique très autoritaire pouvait le laisser présager, l’École de Francfort produisit un corpus spéculatif et philosophique qui en dernière analyse n’eut aucune influence sur la sociologie d’orientation empirique, bien qu’elle eût, comme nous allons le voir, une influence profonde sur la théorie dans le monde des lettres et de la philosophie. (Il faut faire une exception pour La Personnalité autoritaire, qui fut un livre très influent et qui avait une sorte de base empirique.) Ce corpus théorique ne saurait être qualifié de science à cause du rejet de l’expérimentation, de la quantification et de la vérification, et à cause de la préséance donnée aux objectifs politiques et moraux sur l’examen de la nature de la psychologie humaine et sociale.

Cette préséance accordée par la Théorie critique aux objectifs politiques et moraux est essentielle pour comprendre l’École de Francfort et son influence. Horkheimer et Adorno finirent par rejeter le point de vue marxiste classique insistant sur la lutte des classes pour expliquer l’essor du fascisme, à la faveur d’une perspective dans laquelle le fascisme et le capitalisme étaient saisis sous le prisme de la domination et de l’autoritarisme. En outre, ils tâchaient d’expliquer que la perturbation des rapports parents-enfants, impliquant la répression de la nature humaine, était une condition nécessaire de la domination et de l’autoritarisme.

Évidemment, ce point de vue s’accordait bien à la théorie psychanalytique, qui était l’un des fondements de leur pensée. Presque dès le départ, la psychanalyse avait un statut respecté à l’Institut de Recherches Sociales, sous l’influence d’Erich Fromm en particulier. Fromm siégeait à l’Institut Psychanalytique de Francfort en même temps qu’à l’Institut de Recherche Sociale ; en compagnie d’autres « freudiens de gauche » comme Wilhelm Reich puis Herbert Marcuse, il développa des théories associant marxisme et psychanalyse qui établissaient des liens théoriques entre la répression des instincts dans le contexte des rapports familiaux (chez Fromm, il s’agit du développement dans le cadre familial de traits de caractère sado-masochistes et anaux) et le développement de structures sociales et économiques oppressives.

Il n’est pas inintéressant de remarquer que malgré l’hostilité des horkheimeriens à l’égard des sciences expérimentales et de la philosophie positiviste des sciences, ils n’éprouvèrent nul besoin d’abandonner la psychanalyse. De fait, la psychanalyse « était la pièce centrale justifiant, aux yeux d’Horkheimer et de ses collègues théoriciens, l’idée que les grandes avancées pouvaient être faites – et même mieux faites – sans passer sous les fourches caudines de la spécialisation disciplinaire » (Wiggershaus, op. cit. p. 186). Il faut comprendre que la psychanalyse, en tant que structure herméneutique sans fondement empirique (mais qui se fait passer pour scientifique) a servi d’instrument infiniment malléable dans les mains de ceux qui cherchaient à édifier une théorie orientée vers des buts strictement politiques.

Pour Horkheimer et Adorno, le virage qui les fit passer dans les années 1940 de la sociologie à la psychologie était motivé par le fait qu’en Allemagne, le prolétariat avait succombé au fascisme et que le socialisme en Union Soviétique n’avait pas empêché le développement d’un pouvoir autoritaire qui ne garantissait ni l’autonomie individuelle ni les intérêts du groupe juif. C’est l’autoritarisme qui était devenu le problème de fond, selon cette nouvelle approche. Ses origines remontaient aux interactions familiales et en dernière analyse, à la répression de la nature humaine. Toutefois, les contours de cette théorie se dessinaient déjà dans un texte de 1936 intitulé Études sur l’autorité et la famille, qui présentait la théorie psychanalytique de Fromm sur les rapports familiaux « sado-masochistes » et leurs liens supposés avec le capitalisme bourgeois et le fascisme.

Cette approche philosophico-spéculative de l’antisémitisme se trouve à l’état raffiné dans le chapitre qu’Adorno et Horkheimer ont consacré à l’antisémitisme dans la Dialectique de la Raison, de 1944. Outre son abstraction et sa terminologie hégélianisante, l’ouvrage se contente d’affirmations : les énoncés portant sur l’antisémitisme sont purement et simplement affirmés, sans tentative d’aucune sorte de les justifier empiriquement. Comme le fait remarquer Jacob Katz, l’École de Francfort « n’est pas reconnue pour la précision de son évaluation de la situation juive, que ce soit avant ou après l’avènement du nazisme » (‘Misreadings of Antisemitism’, Commentary, 1983). Quoi qu’il en soit, beaucoup d’idées qui y sont affirmées dans une langue philosophique annoncent les théories de l’antisémitisme contenues dans La Personnalité autoritaire. Et de fait, les deux auteurs voyaient ce chapitre de la Dialectique de la Raison comme le cadre théorique préalable à une future enquête empirique sur l’antisémitisme. Par conséquent, La Personnalité autoritaire peut être vue comme la réalisation de cette ambition de donner une base empirique à la théorie, bien que celle-ci fût élaborée a priori et ne fût pas considérée par ses auteurs comme susceptible d’être vérifiée ou réfutée par l’expérimentation.

Tout se passe comme si Horkheimer considérait le projet portant sur la dialectique et le projet portant sur l’antisémitisme comme deux éléments distincts qui se rapportaient l’un à l’autre comme une théorie abstraite se rapporte à son application à un domaine particulier, ou comme la logique hégélienne se rapporte à la philosophie hégélienne de l’histoire, du droit et de l’esthétique. Cette distinction entre les recherches théorétiques et les recherches empiriques n’allait-elle pas entraîner une autre distinction, qui donnait en secret à la théorie la dignité de la spéculation et la détachait de son ancrage empirique, caractéristique des sciences ? Le rôle de la recherche empirique, qui est d’interroger l’expérience, n’était-il pas ainsi nié et ravalé au rang d’une simple illustration de la théorie ? (…) Une autre question ouverte consisterait à se demander si leur enthousiasme pour la théorie et leurs remarques méprisantes à l’endroit de la spécialisation disciplinaire en sciences, ne représentaient finalement pas autre chose que leurs valeurs et humeurs personnelles ; et si celles-ci à leur tour n’eurent pas une certaine influence sur la façon dont leur travail universitaire fut conduit et donc sur ses résultats – en particulier quand des influences extérieures les forçaient à prendre au sérieux les deux types de recherches. (Wiggershaus, op. cit. p. 320).

Le caractère non-empirique de la théorie de l’antisémitisme apparaissait tout aussi clairement à Adorno : « Nous n’avons jamais considéré la théorie comme un simple ensemble d’hypothèses, mais en un sens comme quelque chose qui se tenait sur ses deux jambes. Par conséquent, nous n’avons pas cherché à prouver ou à réfuter la théorie par des données, mais seulement à dériver d’elle des questions concrètes pour notre recherche, lesquelles doivent être jugées selon leur mérite propre et servir à établir certaines structures socio-psychologiques en vigueur » (‘Scientific experiences of a European Scholar in America’). En réalité, ce sont les données qui doivent être jugées selon leur mérite propre, et comme nous allons le voir, il y a de bonnes raisons de penser que les procédures employées pour vérifier la théorie ont été poussées bien au-delà des limites de la pratique scientifique normale.

Fondamentalement, les études présentées dans La Personnalité autoritaire provenaient de la perception du besoin de développer un projet empirique de recherches qui servirait de soutien à une théorie de l’antisémitisme, politiquement et intellectuellement satisfaisante a priori, afin d’influencer le public savant américain. Comme l’affirmait Horkheimer en 1943 :

Quand nous apprîmes que quelques-uns de nos amis américains attendaient d’un Institut de Sciences Sociales qu’il s’engageât sur la voie des études de problèmes sociaux pertinents, des expériences de terrain et autres enquêtes empiriques, nous fîmes de notre mieux, mais par nos inclinations personnelles nous étions attachés aux Geisteswissenschaften [aux humanités] et à l’analyse philosophique de la culture. (in Wiggershaus, op. cit. p. 252).

Il faut remarquer que Max Horkheimer justifiait en toute connaissance de cause le fait de mener une propagande politique par le moyen des méthodes de la science sociale. Il approuva avec enthousiasme l’idée d’incorporer des criminels dans le dispositif de l’enquête sociale : « La recherche pourrait donc se transformer directement en propagande. Si nous pouvions établir de façon crédible qu’un pourcentage particulièrement élevé de criminels sont des antisémites extrêmes, le résultat serait par lui-même déjà de la propagande. J’aimerais bien aussi essayer d’examiner des psychopathes, dans des asiles » (op. cit, p. 375 ; souligné dans le texte). Ces deux groupes, prisonniers et malades mentaux, furent incorporés dans l’étude.

Un des thèses centrales de la Dialectique de la raison veut que l’antisémitisme provienne d’une « volonté de détruire, née d’un faux ordre social » (p. 168). L’idéologie qui attribue aux Juifs une variété de traits négatifs n’est d’après cette thèse qu’une projection qui aboutit à dresser un auto-portrait de l’antisémite. Les antisémites accusent les Juifs de vouloir le pouvoir, alors qu’en réalité les antisémites « désirent ardemment la possession totale d’un pouvoir sans limites, à n’importe quel prix. La culpabilité afférente, ils la transfèrent aux Juifs » (Dialectic of Enlightment, p. 169).

Les auteurs reconnaissent que l’antisémitisme est associé aux mouvements de la gentilité en faveur de la cohésion nationale. L’antisémitisme qui accompagne ces mouvements est interprété comme issu d’une « pulsion destructrice qui se déchaîne au sein de foules cupides », mais qui est manipulée par les élites non-juives qui cherchent à masquer leur propre domination économique. L’antisémitisme n’a pas d’autre fonction que de servir d’exutoire à la colère de ceux qui ont été frustrés économiquement et sexuellement.

Horkheimer et Adorno affirment que le fascisme moderne est au fond la même chose que le christianisme traditionnel, car l’un comme l’autre impliquent une volonté de s’opposer à la nature et de la subjuguer. Alors que le judaïsme est resté une « religion naturelle » soucieuse de préserver la vie nationale, le christianisme s’est orienté vers la domination et le refus de tout ce qui est naturel. Employant un argument qui ressemble fort à celui de Freud dans L’Homme Moïse et la religion monothéiste, l’antisémitisme religieux est expliqué comme « relevant de la haine envers ceux qui n’ont pas fait le sombre sacrifice de leur raison (…) Les fidèles de la religion du Père sont détestés par ceux qui adhèrent à la religion du Fils (…), détestés comme sont détestés ceux qui en savent plus long. » (ibidem, p. 179)

Cette interprétation de l’antisémitisme comme dérivant fondamentalement d’un refus de la nature est au cœur des Studies on Prejudice, et en particulier de La Personnalité autoritaire. Ce refus de la nature aboutit à la projection des caractéristiques du moi sur l’environnement, et en particulier sur les Juifs. « Telles impulsions que le sujet ne reconnaît pas comme siennes même si elles le sont manifestement, sont attribuées à l’objet – à l’éventuelle victime. » (ibid. p. 187) Les pulsions sexuelles sont capitales dans ce mécanisme de projection : « Les pulsions sexuelles que l’espèce humaine a réprimées ont survécu et ont triomphé – chez les individus comme chez les nations – en transformant dans la pensée le monde environnant en un système diabolique. » (ibid.) Le déni chez les chrétiens en général, et la répression sexuelle en particulier, ont produit un maléfice dont fait partie l’antisémitisme par projection.

La théorie psychanalytique est convoquée pour expliquer ce processus mettant l’accent sur le refoulement de la haine envers la figure paternelle, argument qui sera repris dans La Personnalité autoritaire. Les pulsions agressives qui tirent leur origine du ça sont projetées dans le monde extérieur sous l’égide du surmoi : « L’action interdite qui se convertit en agression est généralement de nature homosexuelle. Par la peur de la castration, l’obéissance au père prend les devants au point d’anticiper la castration en adoptant approximativement dans sa conscience les émotions d’une petite fille, et ainsi la haine actuellement éprouvée pour le père est refoulée. » (p. 192)

Les actions illicites soutenues par de puissants instincts se transforment donc en agression, laquelle est ensuite projetée sur des victimes appartenant au monde extérieur, ce qui aboutit à des « attaques contre d’autres individus, par jalousie ou pour la simple joie de faire souffrir, à la façon dont celui qui a refoulé ses tendances à la bestialité chasse et torture un animal. » (p. 192) Peu après, les auteurs se plaignent de la « répression de la nature animale dans les méthodes scientifiques de domination de la nature » (p. 193). La domination de la nature, considérée comme centrale dans le christianisme et le fascisme, dérive donc en dernière instance de la répression de notre nature animale.

8 Replies to “Culture de la Critique : L’École de Francfort et la pathologisation des loyautés non-juives (1)

  1. Je ne sais pas si tu as mis une heure à dénicher ces illustrations de l’article, si c’est le cas c’est alors une heure bien investie. 😉

    J’en profite pour poser ici le documentaire de Byron Jost qui est intitulé : ‘Le règne de la minorité – l’émergence du politiquement correct’.

    https://www.youtube.com/watch?v=arWXFAJUmXU

    1. Non t’inquiète, pas cette fois ! L’image d’illustration est tirée d’un tableau de Frazetta intitulé « le sorcier » parce que tous ces « savants juifs » ne sont rien d’autre que des sorciers qui font de la magie noire pour nous bousiller psychiquement. Comme le dit Kevin MacDonald « nous menons la guerre pour le néo-cortex ».

      Très bien le documentaire… en plein dans le mille !

  2. La ville de Francfort qualifiée de « nouvelle Jérusalem sur le Jourdain de Franconie » avait été visitée par Huysmans à la fin du 19è siècle. Bon, Huysmans avait la manie des mots rares et était un catho esthète un peu insupportable, mais ce texte est rigolo… Le voici :

    Et, en effet, Francfort est la capitale internationale et le marché monétaire des tribus, la métropole de l’agio, la cité d’où surgit le mot d’ordre des sanhédrins et des Loges; cette ville, où naquit la lignée des Rothschild, est celle où Bismarck signa le démembrement de la France. Le Temple, détruit dans la Palestine, s’est, en une affreuse parodie, rebâti là, et cette nouvelle Jérusalem se démène encore, légale et têtue, contre le Christ.

    L’on se demande vraiment ce que, soi catholique, l’on est venu faire dans ce milieu qui diffère pourtant des judengasses des autres peuples. Cela ne ressemble nullement, en effet, au Lazarus, au Foelistraat d’Amsterdam où le type hébreu est, en quelque sorte, classique, avec ses hommes et ses femmes aux cheveux crépus et bouffants, aux yeux chassieux, au nez en trompe de tapir, aux lèvres béantes, au front damassé, poudré par la farine des dartres.

    Francfort n’est pas une pouillerie agrémentée d’affections ophtalmiques et de maladies du derme. Les spécimens de la race immiscible y sont moins atteints et plus variés ; c’est le cosmopolitisme de la Judée ; en sus de l’image courante des jeunes béliers, bruns ou blonds, dont les faces trop roses sont comme gonflées par l’abus des remèdes sidérants, les branches de la famille aux cheveux noirs et jaunes y foisonnent : les visages aux tignasses de varech, au mufle de bouledogue, aux yeux de chouette, aux joues modelées dans le suif et la pommade rosat, aux bouches lippues et sans menton, s’y rencontrent avec des figures moins rondes, aux toupets roux et en escalade, à la barbe rare, aux yeux bulbeux, en orgeat ou en gomme, au nez crochu, coupant presque avec la pointe de sa serpe l’énorme lèvre pendante du bas, une lèvre de fond d’omnibus, de train de jument.

    Par contre, d’aucuns gardent à peine les stigmates des traits séculaires et il faut les examiner de très près pour reconnaître la marque de la race, dépouillée de ses haillons, lavée et peignée, qui se trahit pourtant à son besoin de vêtures voyantes, à sa manie des breloques, à sa rage des bagues; la prétention remplace la crasse d’antan et le musc couvre l’odeur traditionnelle du lignage, un fumet dérivé à la fois de la fadeur du cautère et de l’âcreté du suint.

    J.K. Huysmans, ‘Francfort-sur-le-Mein’ (Trois Primitifs)

  3. Merci Basile pour cette parfaite traduction de l’oeuvre de Kevin MacDonald et de la description par Huysmans de la faune youtre immonde qui salopait Frankfort.
    Finalement, aussi élaborées et complexes soient-elles, les armes développées par les juifs pour nous détruire intellectuellement et moralement reposent toujours sur les deux moyens ancestraux mis en œuvre depuis des millénaires pour assurer la défense de leur race et lui assurer une domination absolue sur ces naïfs goyim, la chutzpah et l’inversion accusatoire, qu’ils ont d’ailleurs développés à tel point que ces procédés ignobles sont devenus leur signe d’appartenance le plus évident, le métissage pouvant atténuer les tares physiques de leur race, mais pas faire disparaître ses caractéristiques mentales,
    Sauf quelques rares exceptions où les gènes responsables de leurs esprits tordus n’étant plus présents, on a eu des individus ayant totalement renié leur judaïsme et ayant laissé un apport positif à l’humanité.
    En prenant des hommes de notre race pour obtenir à la fois un nom européen et une plus belle gueule pour leur descendance, les femelles youpines fortunées qui obéissaient ainsi à leurs pères dont la stratégie était de youpiniser les classes dirigeantes de nos pays, ont transmis leur religion à leurs enfants mais seulement 50% de leurs gènes. Et le fameux chromosome d’Abraham était d’emblée éliminé alors qu’il doit jouer un rôle important dans la détermination génétique de ce comportement tordu.

  4. Merci aussi à toi, Warezerie, pour toutes les fabuleuses vidéos que tu as postées sur YouTube. Qui essaie quand même d’en limiter la diffusion. Certaines ne peuvent être visualisées directement.
    La (((communauté))) les juge trop haineuses, sans doute…😉

  5. N’attendez pas que « ça pète ». Le doux agneau dégénéré qu’est l’Occidental de base ne demande qu’à être guidé par ces gens là. Vous pouvez publier toutes les trois minutes un article dénonçant – indirectement – ce fait : ça n’y changera rien. Les excès des juifs n’amèneront aucune réaction, ils sont juste un thermomètre de la situation dramatique où est l’Europe après 2000 ans de chrétienté. … Alors, Que faire ?
    ==> Varg Vikernes : « Run to the hills ». https://www.youtube.com/watch?v=PM-VJoBXmzk

    1. La solution est de se battre, pas de courir se planquer en haut d’une colline…
      Et pour se battre, il faut déjà savoir pourquoi, contre qui, et comment on se bat. C’est à ça que servent les articles de Blanche Europe. Qui convainquent de plus en plus de gens, jusque là mal informés, de rejoindre nos rangs.

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