Art européen : Le Roi des Aulnes

Article publié par :Léon.

Goethe (1749-1832) est considéré comme le plus grand écrivain allemand. Il est un représentant emblématique du mouvement Sturm und Drang (Tempête et passion en français), précurseur du romantisme. Son roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther, paru en 1774, histoire d’un amour malheureux, connut un succès considérable, en Allemagne et plus largement en Europe.
C’était également un scientifique accompli, ses travaux portant sur des domaines aussi variés que l’optique, la biologie et la géologie. Il fut ministre du duc de Saxe-Weimar et se montra un excellent administrateur.
Il fut un observateur sceptique de la révolution française et exprima son hostilité à la démocratie. Dans ses Maximes et réflexions, il écrit :

Les législateurs ou les révolutionnaires qui promettent l’égalité et la liberté sont des rêveurs ou des charlatans.

On y lit aussi cette observation qui n’a guère perdu de sa pertinence :

On doit remarquer que [quand] le parti qui se prétend opprimé cherche de son côté à étouffer la liberté de la presse ; c’est surtout lorsqu’il conspire et qu’il ne veut pas que ses complots soient trahis.

Le Roi des Aulnes est une ballade écrite en 1782, qui s’inspire du folklore germanique. Le Roi des Aulnes (Erlkönig en allemand) est une créature maléfique qui hante les forêts.

Der Erlkönig
Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.
« Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? » –
« Siehst, Vater, du den Erlkönig nicht?
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif? » –
« Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. »
« Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel’ ich mit dir;
Manch’ bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand. » –
« Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht? » –
« Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt der Wind. » –
« Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn?
Meine Töchter sollen dich warten schön;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein. » –
« Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düstern Ort? » –
« Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau:
Es scheinen die alten Weiden so grau. – »
« Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch’ ich Gewalt. » –
« Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan! » –
Dem Vater grauset’s; er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.

La ballade a été mise en musique par Schubert (1797-1828) :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=JuG7Y6wiPL8]

Le Roi des Aulnes
Qui chevauche si tard dans la nuit ?
C’est un père avec son fils ;
Il entoure l’enfant de son bras,
Il le tient bien, il le serre chaudement contre lui.
« Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d’effroi ton visage ? »
« Ne voyez-vous pas, Père, le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ? »
« Mon fils, ce sont des nappes de brouillard. »
« Mon cher enfant, viens, rejoins moi !
Je jouerai avec toi à de très beaux jeux;
Il y a beaucoup de fleurs de toutes les couleurs sur la berge,
Et ma mère a plusieurs habits chamarrés. »
« Mon Père, mon Père, n’entendez-vous pas
Ce que le Roi des Aulnes m’a promis en chuchotant ? »
« Reste calme, mon enfant, reste calme;
C’est le vent qui murmure dans les feuilles mortes. »
« Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles s’occuperont bien de toi ;
Elles mèneront la ronde de nuit,
Elles te berceront de leurs chants et de leur danses. »
« Mon Père, mon Père, ne voyez-vous donc pas
Les filles du Roi des Aulnes dans ce recoin sombre ? »
« Mon fils, je vois ce que c’est :
Ce sont ces vieux saules gris qui brillent. »
« Je t’aime, ta jolie figure me plaît ;
Et si tu ne veux pas, j’userai de la force. »
« Mon Père, mon Père, voilà qu’il me saisit !
Le Roi des Aulnes m’a fait mal ! »
Le père frémit, et redouble sa cavalcade,
Il serre dans ses bras l’enfant qui gémit,
Poussé par l’angoisse, il parvient avec peine à sortir du bois,
Étreignant dans ses bras l’enfant mort.

Dans le conte originel danois, c’est la fille du Roi des Aulnes qui cherche à s’emparer de l’enfant.
On peut rapprocher cette légende de l’épisode de l’Odyssée d’Homère, au cours duquel les sirènes cherchent à charmer et à entraîner vers la mort les marins du navire qu’emprunte Ulysse. Selon l’interprétation naturaliste proposée au XIXe s., les sirènes personnifiaient la surface brillante, mais trompeuse et dangereuse, des flots.

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